Quand tout ne se passe pas comme prévu…

En général, quand j’évoque mon quotidien d’avocat, je trouve toujours quelque chose de positif à mettre en avant, j’essaie de le faire parfois de manière subtile (hum, hum…) ou détournée, mais j’essaie autant que possible de sortir la tête haute de mes articles. Sauf que ce soir, cela va être compliqué.

J’aurais voulu pouvoir vous raconter une semaine de réussite totale, la semaine où j’aurais accueillie deux nouvelles personnes au bureau (Barbara et Natacha, j’en ai parlé ici…) et bien sur, dans mon plan, cela se passait magnifiquement bien.

Je ne sais pas pour vous, mais moi, dans mes plans, tout se passe toujours super bien.

Parce que dans mon plan, j’ai anticipé les choses bien sur, et j’ai donc tout prévu :

  • les ordinateurs installés, paramétrés, avec internet qui fonctionne, la messagerie personnalisée, le réseau avec l’ensemble des dossiers accessible ;
  • la répartition des dossiers par matière souhaitée par chaque nouvelle collaboratrice ou stagiaire ;
  • les fournitures achetées et distribuées (je me souviens que c’était un de mes trucs préférés à chaque nouveau job : les fournitures !! Comme à la rentrée scolaire.. 😉 ;
  • les derniers détails manquants au bureau (les poubelles de bureau, c’est bête mais c’est pratique ! et j’en cherche désespérément des jolies…, la vaisselle pour déjeuner sur place si besoin, jolie aussi évidemment…etc…) ;
  • la méthodologie du cabinet personnalisée pour chacune…
  • Enfin, bref, un cabinet parfait avec une avocate parfaite qui vous accueille avec le sourire et vous souhaite la bienvenue !

 

Oui, j’aurais aimé vous raconter cette histoire là, sauf que cela ne s’est pas tout à fait passé comme prévu, évidemment…

D’abord, jusqu’à vendredi dernier, je n’avais strictement rien fait, débordée, pas le temps, je ferai tout cela tranquillement le week-end avant leur arrivée le lundi (ben quoi, je comptais large !!)

Et le petit grain de sable arrive, le truc qui vous démolit le plan parfait : je suis bêtement tombée malade.

Oui, je sais, c’est bête, je n’avais pas prévu. Et donc, je suis malade tout le week-end (mais vraiment malade, pas le truc où vous râlez gentiment mais bon, vous êtes debout quand même, malade, je ne PEUX pas bouger…) et je passe le week-end à prier qu’au moins lundi, ça ira, parce que bon, elles arrivent !!!

Et le lundi, évidemment, vous l’aurez compris, je suis toujours malade…Mais je vais au bureau quand même, je les accueille tant bien que mal, je leur explique « bon, j’avais prévu que tout serait parfait, mais en fait, non, mais bon, c’est pas grave, hein, je vais m’occuper de tout très vite ! » et je commence à parler, parler, leur expliquer le fonctionnement du cabinet, les premiers dossiers, et je parle, je parle..

Ensuite, je passe aux ordinateurs (que j’avais quand même prévu…il y a une limite à l’impréparation), et le sort se moque de moi : un des ordis ne marche pas, internet coupe, le nouveau ventilo (oui, quand même, j’avais prévu deux, trois trucs) marche lui mais est à peu près aussi efficace qu’un éventail troué.

Je vous assure qu’à ce moment, j’avais l’impression que TOUT se liguait contre moi pour que cette arrivée soit un échec. Mais je ne m’avoue pas vaincue (je ne m’avoue jamais vaincue, c’est mon grand problème) et je continue de parler, d’expliquer, d’essayer de préparer.

Et à 12h, forcément, je ne PEUX plus parler, ni bouger, ni rien en fait. Et là, je me résouds à l’évidence (je sais bien que pour ceux qui me lisez, c’est du bon sens, vous allez vous dire « mais enfin, Sandra, ne sois pas idiote, si tu es malade, tu restes chez toi !!! » mais ceux qui sont à leur compte, dans une petite structure, eux me comprendront, j’en suis sure !).

Et donc, lundi à 12h, l’évidence, c’est d’aller chez le médecin bien sur. J’en sors avec la confirmation que je suis bien malade, une ordonnance d’une page et une recommandation de repos strict.

Mais bien sur, si j’avais écouté ce conseil, cet article aurait eu une dimension positive et j’avais prévenu que ce n’était pas le cas. Donc, 2ème grosse erreur, je ne rentre pas chez moi, non, bien sur, je retourne au bureau.

On ne peut pas dire que je suis très efficace mais bon, j’y suis, j’essaie de régler tous les petits soucis techniques et d’aider autant que possible Barbara et Natacha dans leur installation, sauf qu’en fait, je ne suis bonne à rien.

Mardi, rebelote, j’y retourne, internet fonctionne et elles ont retrouvé un accès aux dossiers, c’est déjà ça !

Sauf que moi, mon état ne s’arrange pas vraiment, au contraire et qu’en plus, les mauvaises nouvelles s’enchaînent (oui, en général, vous le savez, c’est la loi des séries) : je reçois une assignation d’un mandataire judiciaire pour un client que j’apprécie vraiment beaucoup (on avait fait la liquidation judiciaire de sa boite 3 ans auparavant, j’en garde d’ailleurs un souvenir à la fois parmi les plus tristes de ma carrière mais aussi parmi les plus émouvants : ses salariés venus assister à l’audience pour le soutenir et tout le monde en larmes à la fin dans les bras les uns des autres…). Et donc, ce monsieur qui s’est battu pendant des années pour sauver sa boite mais surtout et avant tout les 20 emplois concernés (en perdant au passage la totalité de ses économies) se voit réclamé 1 million d’euros pour des fautes de gestion (qu’il n’a absolument pas commises évidemment !).

Donc, je reçois cette assignation et j’en suis encore plus malade, le pire étant qu’en l’appelant pour en discuter, je réalise qu’il n’est absolument pas au courant, que je le lui apprends et il se prend le ciel sur la tête. Autant vous dire que je n’en mène pas large quand je lui parle…

Et donc, la semaine continue à l’image de ce naufrage, rien ne va, je dois appeler des clients pour leur dire que je suis malade et que je dois décaler des éléments que je devais leur envoyer (oui, je préfère toujours dans ce cas anticiper et dire, désolée, je n’ai pas pu mais je fais ça au plus tôt, je crois que les clients préfèrent à la fois l’honnêteté et surtout d’être informés avant de relancer parce-qu’ils ne reçoivent pas la réponse attendue).

Je réalise trois jours après que j’avais fixé un rendez-vous téléphonique à une étudiante pour l’aider à se préparer à un entretien hyper important pour elle et que j’ai juste complètement oublié (bon, j’ai vu sur les réseaux sociaux qu’elle avait été reçue à ce Master le plus recherché en Droit des affaires et ce sans aucun conseil de ma part, donc cela me soulage un peu..), je dois l’appeler pour m’excuser mais j’en suis encore rouge de honte..;

Et donc, voilà, ce soir, je me résous à l’évidence, cette semaine aura été un échec sur toute la ligne, l’arrivée de Barbara et Natacha loupée, cette semaine que j’avais pourtant idéalisée n’est pas à la hauteur (et moi non plus évidemment).

Et la seule note positive que j’ai pu trouver à cette mésaventure, c’est me dire « et oui, parfois, les choses ne se passent pas comme prévu, je n’aurais pas été parfaite comme je le voulais, mais bon, tant pis, j’ai fait au mieux avec la situation que je devais gérer ». Et le pire, c’est que cela m’aide un peu de le penser.

 

 

Pour ceux qui veulent vraiment une happy end : Ce matin, Natacha recevait son diplôme de fin d’année. Elle nous a raconté en arrivant au bureau sa fierté d’être la première diplômée de la famille, ses petits frères qui étaient venus et qui avaient mis un costume pour l’occasion, sa mère qui appelait sa grand-mère en Facetime pour assister un peu à l’événement avec un sourire et des larmes dans les yeux dont je me souviendrai longtemps.

 

 

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