Mes nouveaux bureaux

Avant de vous parler de mes nouveaux bureaux, je dois faire un aveu, quelque chose dont je ne suis pas fière mais tant pis : je suis superstitieuse, vraiment superstitieuse. Mais je me dis qu’il faut parfois (oui, seulement parfois) dépasser cela et dire « YES ! » quand on a une vraie bonne nouvelle, au risque de se prendre le ciel sur la tête.

Certains de mes lecteurs sont des clients ou des amis et ils connaissent mes péripéties de cette année avec mes bureaux. Pour ceux qui ne me connaissent pas, je dois vous expliquer.

Le bureau d’un avocat est un lieu important, pas seulement parce qu’on y passe beaucoup de temps à travailler (et que donc il vaut mieux l’apprécier) mais aussi parce qu’il donne à voir quelque chose de vous, « notre image de marque ». Evidemment, ce n’est pas le critère essentiel (il faut espérer que nos compétences sont plus importantes !) mais j’ai appris avec le temps que cela avait son importance.

Par exemple, quand j’ai créé mon cabinet en 2005, je n’avais quasiment aucun client, et si je suis tout à fait honnête, je peux dire AUCUN client.

En principe, quand on est jeune avocat, on travaille d’abord pour un autre avocat, cela s’appelle le statut de collaborateur. On a prêté serment, on est bien avocat, on exerce (pour l’extrême majorité) sous un statut libéral mais on travaille pour quelqu’un d’autre.

La collaboration est censée être une relation donnant-donnant : on traite tous les dossiers du cabinet mais en contrepartie on est formé et en plus on a le droit d’avoir sa propre clientèle personnelle (on peut ainsi utiliser les locaux du cabinet, le matériel, etc..).

Si des jeunes confrères me lisent, je sais qu’à ce stade, ils ricanent déjà et ils ont bien raison. Très clairement, quand on est jeune collaborateur, on travaille beaucoup, vraiment beaucoup et donc une fois sorti du cabinet, on a qu’une envie, (enfin c’était la mienne en tout cas) : Ne plus travailler !!

Donc, concrètement, très peu d’avocats sous le statut de collaborateur ont la possibilité de développer réellement une clientèle personnelle. Et je ne parle même pas de la formation !

Personnellement, mes premiers patrons ont été en vrac : une femme en fin de carrière (brillante, vraiment) mais totalement dépressive, un fou furieux qui prenait un malin plaisir à insulter tout le monde (un grand classique chez les avocats, paraît-il), et une autre femme géniale (mais qui m’a fait le sale coup de devenir Secrétaire d’Etat à la Justice 15 jours après mon arrivée… J cela me fait penser que je pourrais écrire un autre article là dessus, c’était vraiment un moment très drôle et grâce à elle, j’ai vécu quelques expériences assez magiques).

Autant vous dire qu’au niveau formation, je me suis débrouillée toute seule (si je suis honnête, mes expériences en entreprise ont été beaucoup plus formatrices, mais le métier de juriste n’est pas tout à fait identique).

Donc, tout cela pour dire, que quand j’ai enfin décidé de m’installer (quand ma boss Ministre a du mettre fin à son activité), je n’avais vraiment AUCUN client, seulement 31 ans, et pas d’argent.

En revanche, j’étais assez déterminée à réussir.

J’avais aussi un autre défaut(que j’ai gardé d’ailleurs) : une impatience assez phénoménale et je n’avais vraiment pas envie de perdre du temps à visiter des bureaux, appeler France Telecom pour faire installer une ligne, EDF, acheter une imprimante, etc… Je n’avais qu’une envie : Trouver des clients et travailler !

Et donc, j’ai cherché des locaux en centre d’affaires (je ne parle pas de domiciliation, mais bien la location d’un bureau individuel, personnel). J’ai trouvé une société qui avait plusieurs adresses dans Paris et j’avoue qu’une en particulier m’a tapé dans l’œil : PLACE VENDÔME !

Je me suis dit immédiatement « mais ça doit couter une fortune, tu es folle ! » et ensuite, « bon, je vais quand même aller visiter, cela ne coûte rien ». Et pour tous ceux qui ont visité la Place Vendôme, il faut le dire, le lieu est magique !

Les bureaux étaient situés dans un immeuble classé, avec un escalier impressionnant. Et vous vous en doutez, j’ai craqué. Ils étaient bien sur très chers et tout mon entourage m’a traité de folle, d’inconsciente, c’était bien trop cher pour commencer.

Mais j’avais bien réfléchi et j’ai fait un pari : je me suis dit que ces bureaux pourraient être ma carte de visite, et aussi (je suis vraiment, vraiment honnête, peut-être trop) qu’un client qui viendrait se dirait « ouh la, elle doit avoir plein de clients et ses honoraires doivent être très chers ! » (autant dire que tout cela m’arrangeait plutôt).

Et donc, j’ai signé là bas. C’est sans doute une fierté un peu débile mais j’ai été la première Avocat à avoir son bureau Place Vendôme. D’ailleurs, l’Ordre des avocats (qui doit toujours s’assurer que nos locaux sont conformes à notre déontologie, c’est à dire permettant le secret professionnel) n’y a pas cru et j’ai eu droit à la visite du Secrétaire Général de l’Ordre en personne.

Quand il a pu vérifier que c’était bien un bureau privé, avec une ligne de téléphone et de fax dédiés, il a autorisé mon installation là bas.

Au début, j’avais le plus petit bureau de tout le centre (il devait faire 10m2 au maximum) et ensuite dès qu’un plus grand se libérait, je le prenais (pour pouvoir accueillir des collaborateurs).

Ce pari a été un vrai succès. J’ai réalisé à quel point une simple adresse pouvait donner une image de marque. Cela était d’autant plus vrai à l’étranger. Mon cabinet a toujours été un tout petit cabinet mais j’assiste régulièrement à des conférences à l’étranger et à chaque fois que j’ai donné ma carte, les confrères du monde entier relevaient l’adresse avec un « WAOUAH, Place Vendôme ! ».

J’y suis restée quelques années et ensuite j’ai du partir à regret. Je manquais vraiment de place pour mon équipe. Et j’ai donc choisi une autre adresse chic (mais beaucoup plus classique pour un avocat) : l’Avenue Victor Hugo

Encore aujourd’hui, certains clients qui me font confiance depuis le début me disent « ah quand même, j’aimais bien venir vous voir Place Vendôme ! ».

Alors, pourquoi toute cette histoire ? Pour vous parler bien sur de mes nouveaux locaux.

Parce qu’après 12 ans, j’ai décidé que cette histoire d’image de marque devenait ridicule, que les clients s’en fichent (je leur ai posé la question quasiment à tous …), que finalement, évidemment, ce qui compte, c’est le travail que j’effectue et de savoir si mes clients en sont contents.

Je crois qu’au début j’avais besoin de cela pour « donner le change » mais qu’aujourd’hui, je me fiche pas mal de ce que diront les confrères étrangers que je croiserais lors de conférences.

Et donc, j’ai choisi un lieu qui me plaît à MOI, dans un quartier que j’adore (mon quartier d’enfance dans le 11e arrondissement de Paris, en face de la bibliothèque où j’allais petite fille, à deux pas de l’hôpital où je suis née) et surtout, surtout à 10 minutes à pied de mon appartement. Oui, j’ai décidé de simplifier ma vie, de ne plus perdre de temps dans les transports et surtout de choisir un lieu pour moi.

Et voilà, j’ai signé hier mes nouveaux bureaux. La superstitieuse que je suis voulait attendre que j’emménage (il y a des travaux à faire) pour vous l’annoncer, mais je suis tellement heureuse de les avoir enfin trouvés que je prends le risque !

En même temps, je devrais faire attention, j’ai passé l’année 2016 dans des bureaux transitoires à cause de déconvenues (une maison de ville que je devais louer et qui est restée occupée pendant plusieurs mois par un locataire indélicat que le propriétaire a du mal à faire partir, des travaux qui ont causé de trop lourds dégâts dans un autre local, etc…).

J’avoue que je n’y croyais plus mais j’espère que cette fois-ci c’est la bonne. D’ailleurs, j’ai décidé de ne pas changer seulement le quartier mais aussi le type de locaux. Je ne voulais plus d’un immeuble haussmannien, très classique. Je cherchais des bureaux agréables, idéalement qui donne sur une petite cour, pour déjeuner au soleil en été. Et donc mon nouveau bureau est un open-space que j’occuperai avec mon équipe, je suis sure que nous serons très à l’aise pour travailler efficacement.

Voilà, donc ma bonne nouvelle du jour ! Qu’en pensez vous ?

P.S : la photo évidemment est juste une photo d’inspiration pour ma future déco..

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Laquieze

Je me suis régalé à vous lire: il y a chez vous un côté femme-enfant que je trouve absolument délicieux. Ne vous vexez pas , cela n’enlève rien à vos qualités professionnelles !

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Sandra Azria

Merci beaucoup de votre gentil commentaire ! Et non, je ne me vexe pas du tout de votre retour, au contraire. En fait, plusieurs personnes m’ont dit qu’ils ressentaient une part d’enfance dans ce texte (ce n’était pas du tout volontaire de ma part, mais si cela s’est ressenti, c’est sans doute vrai !). Et désolée de cette réponse si tardive (mais les derniers jours ont été très intenses !).

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Poussier

Bonjour chère Maître,
Très sincèrement, vous pouvez être très fière de vous, vous me semblez être très méritante.
Il est vrai que l’on adore vous lire ! De plus, nous savons que désormais nous pourrons venir, si vous nous l’autorisez, déjeuner par beau temps dans une jolie cour intérieure. Suis impatient que le soleil revienne !
Au plaisir de vous revoir chère Maître.
Étienne P.
PS : il me semble que l’adresse ne figure pas dans ce texte si merveilleux.

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Sandra Azria

Merci Etienne (tu sais que ton adresse figure dans les commentaires, n’est ce pas ?). Et non, le déjeuner dans la cour n’est pas possible ! Elle est partagée avec d’autres entreprises…Mais, mais, mes bureaux s’ouvrent complètement et donc oui, un déjeuner en plein soleil est possible. Et oui, mon autorisation (voire même mon invitation) préalable sera nécessaire !!! Et oui, l’adresse n’y était pas, c’est le 5, rue Faidherbe 75011 ! A bientôt

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Saghir

Bonjour Maitre !

Un vrai délice ce texte ! Merci d’avoir partagé avec nous ses souvenirs et cette bonne nouvelle!
Félicitations !
A bientôt 😉

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