Vite, toujours plus vite…

 

Je sais que je ne suis pas la seule à le dire, mais tout va trop vite ; attention, je ne suis pas contre la rapidité. Les gens qui ont travaillé avec moi vous le diront sans souci, je suis speed, trop speed. Je parle vite (et beaucoup aussi, mais bon, c’est un autre sujet et je suis avocat !), j’agis vite, je veux que les choses avancent. En résumé, je suis fatigante.

Donc, si moi (comme beaucoup d’autres, je sais…), je dis qu’on va trop vite, croyez moi, c’est que c’est vraiment devenu n’importe quoi.

Je m’explique :

J’ai commencé à bosser à une époque où le plus rapide qu’on pouvait faire pour communiquer, c’était un fax (pour les plus jeunes, ça ressemble à cela). Donc, ça voulait dire écrire la lettre, l’imprimer, la corriger éventuellement (oui, c’est la base du métier d’avocat, on relit les documents uniquement en version imprimé, sinon on ne voit pas les erreurs), l’imprimer de nouveau, le passer dans le fax en attendant le grésillement de la machine et waouh, on avait le sentiment d’être des flèches !

J’ai commencé à bosser à une époque où dans les cabinets d’avocats, il y avait des bibliothèques, des belles salles majestueuses, remplies de Jurisclasseurs (imaginez un énorme livre de magicien comme dans les films, avec des pages très, très fines écrites en tout petit). Et donc, pour faire une recherche, il fallait en chercher un, voire deux, voire trois (selon le thème de votre question de droit) et TOURNER LES PAGES. On prenait des notes sagement, dans une pièce qui était calme et dédiée à la réflexion. Je ne me rendais évidemment pas compte à l’époque que cela ne durerait pas.

J’ai commencé à bosser à une époque où les clients (c’était dans la même domaine évidemment, donc la même clientèle, des chefs d’entreprise) quand ils voulaient prendre des nouvelles de leur dossier nous écrivaient des lettres (oui, des lettres manuscrites, qu’ils avaient posté, truc de dingue aujourd’hui quand on y pense). Parfois, quelques appels, mais c’était plutôt le cas des clients qui avaient des grosses entreprises.

J’ai commencé à bosser à une époque où quand on partait du bureau, on arrêtait de travailler ! Ben, oui, pas de portable, pas de mail, pas de fax à la maison. Donc, on partait peut-être tard mais quand on rentrait chez soi, c’était FINI. Il fallait attendre le lendemain pour recommencer.

Autant vous dire que ce n’est plus comme cela que ça se passe.

Aujourd’hui, j’ai des clients qui m’envoient des mails lundi à 11H32 pour me dire qu’ils m’ont appelé à 10h50 parce que je n’ai pas répondu à leur sms envoyé dimanche à 07h17. Oui, oui, oui.

Et le pire, c’est qu’en agissant ainsi, au lieu d’avoir un message incendiaire de ma part leur disant « mais ça va pas bien la tête, non !!! », ben, en fait, je leur réponds (alors, un peu aussi pour que ça cesse, j’avoue…).

J’ai des clients qui m’appellent pour me poser une question de droit assez technique et s’étonnement sincèrement quand je leur dis que je dois faire des recherches pour valider la réponse, qu’il faut un peu se plonger dans la Jurisprudence (et attention, je n’utilise pas cet argument pour facturer plus, je travaille exclusivement au forfait !). Ils me disent souvent « mais la recherche, vous la faites tout de suite sur Google, c’est ça ? ».

Alors, je vais profiter de cet article pour casser un mythe.

De la même manière qu’on ne va pas sur Doctissimo parce qu’on est malade et qu’on cherche des réponses (parce que dans tous les cas, c’est soit une maladie mortelle, soit un truc avec un traitement à vie avec des séquelles hyper lourdes…jamais Doctissimo ne vous dit « c’est rien, petit virus, dans 3 jours, ça passe… »), quand on cherche une réponse à une question de droit, on ne va JAMAIS sur Google.

Pourquoi ? parce que souvent, vous tombez soit des articles rédigés par des personnes dont vous ne savez rien (et je réalise que moi aussi, je publie des articles parfois à thématique juridique, hum, hum…), mais surtout, ils sont parfois périmés ! Ou ne s’appliquent pas du tout à votre cas (le cas le plus courant étant en droit du travail, où chaque cas est particulier, vraiment).

Donc, oui, j’explique aux clients qu’il faut souvent que je cherche la réponse à leurs questions et ça les étonne ! Pour revenir à ma comparaison médicale, cela ne choque personne quand un médecin prescrit une prise de sang ou une radio pour valider un diagnostic, et bien, nous c’est pareil. Il nous faut du temps…

Et aujourd’hui, on en manque cruellement, non ?

Je suis la première à trouver formidable les gains de temps que nous permettent la technologie. Par exemple, lundi, Barbara, ma collaboratrice, m’a envoyé un mail alors que je sortais à peine du bureau, elle a été se chercher un verre d’eau et j’avais déjà répondu. Elle m’a écrit en me disant « Mais déjà ?????? Comment vous faites ??? », cela m’a fait rire bien sur et en même temps, cela m’a désolé. J’ai répondu à un mail en marchant les 20 mètres qui séparent la porte de mon bureau de la grille d’entrée…Et j’avoue qu’après réflexion, je n’en suis pas fière.

Qu’est ce que j’apprends à ma collaboratrice en agissant ainsi ? Qu’elle devrait elle aussi me répondre si elle sort du bureau ?? Alors, j’essaye vraiment de ne pas écrire aux personnes avec qui je travaille en dehors des heures de bureau mais ma journée de travail commence souvent très tôt et se termine très tard – avec des interruptions dans la journée pour ceux qui s’inquiètent ! – et donc, dans ce cas, je prends le temps d’écrire « JE VOUS INTERDIS de répondre à ce mail maintenant » mais bon, elle va quand même le lire, donc, ce n’est pas génial non plus… (en écrivant cet article, je réalise que je devrais demander à Barbara si elle a paramétré son téléphone avec sa messagerie professionnelle, j’espère vraiment que non !).

Comme tout le monde, je participe à cette course contre la montre et si pendant longtemps, cela m’a amusé, cela est de moins en moins le cas. Tout simplement parce que les sources ne cessent de se multiplier : j’ai des messages sur mon mail, des sms, des appels téléphoniques sur mon portable, sur la ligne du cabinet, j’ai des conversations sur twitter, facebook, instagram, whatsapp, linkedin, etc.. La semaine dernière, j’avais une conversation avec un ami à la fois sur twitter et instagram, j’ai fini par lui dire « est ce qu’on peut choisir un seul endroit pour cette conversation ? je deviens schizo !!! ».

Et souvent, bien sur, je perds le fil. Je commence à répondre à un sms mais j’ai un appel, donc, forcément, je réponds et j’oublie que je n’ai pas envoyé le sms (dites moi que cela vous arrive aussi !!) et j’attends une réponse…

Je réalise que cet article est un peu décousu mais finalement, c’est assez normal. Il est à l’image de ce que j’essaie de dire. C’est qu’à vouloir aller trop vite, à vouloir plus d’efficacité, plus d’immédiateté, on oublie de prendre le temps, prendre le temps de réfléchir vraiment à la question posée, prendre le temps de choisir sa réponse avec soin.

Et dans mon métier, comme dans beaucoup d’autres, le travail de qualité ne se fait qu’en prenant son temps. Donc, après avoir publié cet article, je vais couper mon téléphone, ma messagerie, tout accès au net et relire tranquillement ce contrat que je dois envoyer à un client.

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