15 ANS

 

J’avais commencé à écrire cet article il y a plus d’un mois. Je le préparais pour la date anniversaire de la création de mon cabinet (en février 2005) et l’actualité m’a stoppé net.

 

Depuis 6 semaines, nous vivons le confinement et plus rien ne ressemble à notre vie d’avant. Mon projet d’article consistait en résumé en un « Merci, tout est formidable ! ».

 

Comme tout le monde, le cabinet tourne au ralenti et ma productivité est plus qu’impactée par le quotidien à gérer. Peu de dossiers entrent et les mois à venir sont une incertitude totale.

 

Au début, je me suis dit que j’allais zapper cet anniversaire puisqu’il est difficile en ce moment de tout trouver formidable et puis, je me suis dit « tiens, finalement, la vie m’envoie quelque chose d’intéressant ».

 

Je me suis dit que penser à ces 15 dernières années pouvait peut-être m’aider à envisager le futur.

 

Quand j’ai créé mon cabinet, jamais je n’ai pensé que je serai toujours là 15 ans après. Pour moi, c’était impossible. Jamais je n’avais tenu plus de 2 ans dans un autre boulot.

J’avais tout essayé : d’abord l’entreprise, la petite entreprise familiale, la start-up (sauf qu’à l’époque on ne l’appelait pas comme ça), le grand groupe international, le petit cabinet d’avocats, la banque d’affaires.

 

Je peux vous assurer que j’ai tout essayé et jamais je ne me suis jamais sentie vraiment à ma place.

 

Et pendant ces années d’errement (cela a duré entre 5 et 6 ans), j’ai tout entendu : j’étais « instable, trop exigeante, incapable de tenir un effort dans la durée, trop impatiente, etc… ». J’ai tout entendu vraiment, et le pire c’est que j’y croyais, naïve que j’étais. Je me disais qu’il fallait que je me force, qu’il fallait tenir, que j’allais avoir un CV lamentable avec tous ces sauts de puce permanents, que je ne construirais jamais rien.

 

Et un jour, je me suis installée et tout a changé. Ma vie est devenue évidente, les questions ont disparues. J’étais à ma place.

 

Et pourtant, même si elles ont été évidentes, je ne dirais jamais que ces 15 années ont été faciles, ce serait mentir.

 

Au début, j’ai du gérer le stress des premiers clients à trouver (comment allaient-ils arriver ???), du cabinet à gérer (comment on fait ?? personne ne donne le mode d’emploi !!), de l’argent qui manquait (vais je pouvoir payer mes cotisations ?? mon loyer professionnel), du stress des dossiers (est ce que ce client va perdre son bail commercial si je ne suis pas assez efficace ??? est ce que je sais seulement de quoi je parle ?).

 

Au bout d’un certain temps, j’ai aussi dû gérer le trop de dossiers et là aussi, on n’est pas préparés ! Est ce que je dois embaucher ? Comment vais je faire pour le/la payer ? La former ?? (moi, former quelqu’un ???), etc…

 

Il y a eu des nuits blanches, des moments de doute.

 

Et d’énormes joies. Je me souviens d’un dossier qui était tout simplement impossible à gagner (mon client avait tort sur toute la ligne, je ne pouvais pas nier l’évidence !!), c’était un référé d’heure à heure et j’avais du annuler mes vacances au tout dernier moment. Avec ma collaboratrice, Sophie, on avait travaillé nuit et jour pendant 3 jours pour plaider ce dossier à Dax.

 

Et contre toute attente, on a gagné. Je ne sais pas si le client s’est rendu compte de l’énormité du truc (un jour, il faudra que je raconte cette histoire tellement improbable), mais Sophie et moi savions que nous avions accompli un réel exploit (pardon, je nous lance des fleurs mais vraiment, elles sont méritées). Au moment du délibéré, je l’ai appelé et je lui ai dit « Allez, on va boire un verre au Ritz, on a GAGNE ! ».

 

Je crois que cela restera pendant longtemps un de mes meilleurs souvenirs professionnels. J’étais tout simplement fière de moi et de mon travail.

 

Et me voilà aujourd’hui, ignorant complètement de quoi l’avenir sera fait. Quand je partage avec des confrères, l’inquiétude est très forte, beaucoup pensent que leur cabinet ne survivra pas à la crise qui s’annonce et j’ai mal pour eux, vraiment.

 

Mais je vais vous faire un aveu : je n’ai pas si peur que cela. Je sais que ce sera sans doute difficile, que je vais devoir sans doute m’adapter, il y aura d’autres nuits blanches, de nouvelles angoisses.

 

Mais ces 15 années exigeantes, épuisantes, généreuses m’ont appris que quoi qu’il se passe, je suis à ma place, tout simplement et j’ai bien l’intention d’y rester.

 

 

 

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